Samedi 17 mars 2012 6 17 /03 /Mars /2012 16:43

Cet article que Gustave Borjay condescend à vous livrer ne sera pas exhaustif. Il ne prétend qu'à vous inculquer certains principes d'élaboration d'une intrigue romanesque, des principes vitaux, absolus.

Dans toute bonne intrigue qui se respecte, vous devrez inclure des variations de rythme. Des phases d’accélération – action, suspense – alternent avec des phases plus lentes – description, rencontre, dialogue intermédiaire. De même, vous devrez jouer, tel un compositeur de musique, avec les mystères et les crises – morales, physiques, etc. – pour les résoudre au moment idoine. Enfin, la dernière clef est d’associer des retournements judicieux à certains passages de votre roman.

Si vous équilibrez ces trois domaines imbriqués que sont le rythme, la résolution et le retournement, vous pourrez tenir en haleine votre lecteur. Il n’y aura plus qu’à prier pour que ni votre style, ni le façonnage de vos protagonistes ne massacre l’édifice.

Mais attention aux effets faciles ! Gardez-vous comme de la peste des procédés battus et rebattus, dont voici un petit échantillon.

« Mais pourquoi maintenant, John, pourquoi ? N’aurais-tu pas pu rentrer plus tôt du Nevada pour me dire que tu m’aimais et m’empêcher de me marier avec Rudy ?
— Hélas, Jennifer, durant tout ce temps j’étais frappé d’amnésie, je ne me souvenais même plus de mon nom ! »

« Albrecht, désarmé, se trouvait encerclé par les vingt hommes de main du démoniaque Fletcher. Vingt hommes, vingt samouraïs impitoyables prêts à le découper menu. Heureusement, Albrecht s’y connaissait en arts martiaux, après un combat incroyable où il faillit mourir mille fois, il parvint à défaire la totalité de ses adversaires. Il n'était cependant pas indemne, car il avait attrapé une écharde au petit doigt. »

« Robert regarda droit dans les yeux, une sueur froide lui glaçant les tempes, l’implacable Gérard. Après avoir vu ce fou sadique torturer et tuer sa famille, ainsi que son petit basset, il se demandait comment il pouvait ne pas être devenu fou. Il attendit, paralysé par une sourde angoisse, que Gérard appuyât sur la détente. Tout d’un coup il se réveilla – Mon Dieu, ce n’était qu’un rêve ! »

Gustave Borjay vous salue.

 

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A quatre ans, pourtant handicapé d'un bras dans le plâtre,
Albrecht s'était défait de ses cinq premiers samouraïs. 


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Samedi 3 mars 2012 6 03 /03 /Mars /2012 16:08

S'il est un outil indispensable à tout bon conteur, peut-être est-ce alors le quiproquo. Ce procédé machiavélique consistant en une mauvaise interprétation prolongée d'un élément de contexte, de la part d'un ou de plusieurs protagonistes, est en effet une porte ouverte aux émotions les plus variées.

De l'Ecole des femmes à Top Hat, du Mariage de Figaro à Tucker & Dale vs Evil, le quiproquo tresse astucieusement ses ramifications sur la trame narrative, suscitant des malentendus des plus désopilants lorsque le nœud est dénoué.

Il ne faut cependant pas cantonner le quiproquo au comique, Edmond Rostand l'ayant superbement utilisé dans son Cyrano de Bergerac pour que le héros, au début du livre, croie lors d'un dialogue avec Roxane qu'il est aimé d'elle, lors qu'icelle lui parle d'un autre. La dissipation de l'erreur se révèle des plus cruelles.

Maintenant, terminons-en avec les exemples pédants, penchons-nous plutôt sur la genèse d'un bon quiproquo. Il vous faut d'abord choisir deux parties, l'une étant destinée à se méprendre sur ce que sait ou annonce l'autre. Il vous faut ensuite trouver le point saillant sur lequel porte le malentendu.

"Ruppert marchait à grandes enjambées dans la maison, cherchant activement Maggie pour lui annoncer l'heureux événement : il avait réussi à faire marcher la garantie de la machine à laver, qui ne marchait plus vraiment bien depuis peu ! Maggie, elle, brûlait d'avoir des nouvelles de sa malheureuse sœur, qui avait fait une fausse couche la veille au soir."

Il vous faut ensuite faire preuve, et c'est sans doute là où le bât risque de blesser, d'ingéniosité, en trouvant des phrases à double sens permettant à la méprise de s'instaurer puis de durer.

"— Ça y est ! lança Ruppert les yeux brillants, j'ai enfin eu des nouvelles !
 Dis-moi tout mon chéri, comment va-t-elle ?
 Eh bien, comme nous craignons, ma chère Maggie, elle ne va pas bien fort.
 C'est bien ce que je craignais, hélas ! Je pense qu'il va falloir nous en occuper. Avec des soins adaptés, elle pourra s'en remettre.
 J'ai bien peur que non, Maggie. Vois-tu, on m'a dit à l'instant même qu'elle ne sera plus jamais bonne à rien, qu'on ne peut plus en espérer grand-chose.
 Mais comment peux-tu dire ça ! Tu es donc un monstre ? Elle nous a rendu tellement de services ces dernières années !
 Malheureusement elle n'est plus en état de nous en rendre d'autres, il faut voir les choses en face. Ne pensons plus à elle, d'autant plus qu'on pourra se débrouiller sans y perdre d'argent, car j'ai obtenu...
 Et tu parles d'argent maintenant ? Mon Dieu, mais quel monstre ai-je donc épousé ! [...]" 

Il ne reste plus qu'à choisir le moment où vous ferez cesser votre quiproquo, selon l'effet que vous voulez obtenir. En espérant seulement que vous en ayez le talent,

Gustave Borjay vous salue.

 

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"Alors que Maggie contemplait le cadavre de son mari qu'elle avait
si affreusement mutilé avec le couteau de cuisine, elle avisa sur lui,
dépassant d'une poche, le bon de livraison de la prochaine machine à laver."


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Dimanche 26 février 2012 7 26 /02 /Fév /2012 01:05

Soit. Mais vous pourriez tout simplement faire de votre héros un homme normal, transformé par un passé anormal.

"Lorsque, à l'âge de huit ans, pendant les privations de la guerre, Edmond vit la raison de sa mère flancher au point qu'elle le poursuivit avec une fourchette dans la main droite et un couteau de boucher dans la main gauche, il découvrit de façon brutale que la vie n'était qu'une lutte sans fin. Ce ne fut pas son père qui contredit cet adage lorsque, rentrant à l'improviste, il crut que son fils avait délibérément fait de sa mère un fourreau pour ledit couteau de boucher. Il y eut un combat terrible, dont le rejeton sortit vainqueur, mais brisé. Sur les morceaux de son père, il jura de venger sa famille et de poursuivre un à un tous les responsables de la guerre.

[...]

Vingt ans après, il ne restait plus qu'un homme sur la liste d'Edmond. Mais cet homme n'était pas n'importe qui. Cet homme était rien moins que [...]"

Enfin, vous qui avez maintenant compris qu'il y a une infinité de procédé pour héroïser votre personnage central, il vous reste maintenant à découvrir qu'une façon de distinguer votre protagoniste principal, c'est aussi, à la manière du roman français contemporain, de le rendre d'une telle médiocrité qu'elle relève de l'exception.

"Edmond n'aimait plus Adeline, mais n'avait pas l'énergie de le lui dire. Il en souffrait au fond de lui. Pourtant, il était tout autant tracassé par beaucoup d'autres choses. Il craignait de ne pas pouvoir rembourser le prêt de son lave-linge. Les diarrhées dont était atteint son chien l'inquiétaient et son appartement en pâtissait. Enfin, il aurait bien voulu partir en vacances, mais cela entrait en conflit avec son goût pour l'épargne. Edmond soupira. Il repensa au moment où, petit enfant, il n'avait pas d'autre souci que de savoir quand il allait manger. La vie d'adulte était venue bien vite. Elle était si compliquée ! Et elle n'avait pas forcément plus de sens. Edmond re-soupira."

Gustave Borjay vous salue.

 

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Edmond : J'aurais pu en tuer en plus, j'aurais pu en tuer plus !


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  • : Gustave Borjay, jeune futur auteur littéraire déjà en quête de reconnaissance, écrit un livre dont vous n'êtes pas le héros. Suite à d'incessantes sollicitations, il a créé ce blog sur lequel il se livre à coeur ouvert, en parlant de son travail et en livrant ses réflexions toujours si pertinentes. Grâce à lui, vous saurez vite comment écrire un roman bien narré, un best-seller lucratif, une fiction délirante, comment enfin la publier ou, mieux, l'éditer.
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