Avant, vous perdiez du temps à chercher des renseignements dans l'encyclopédie Universalis, maintenant vous pouvez perdre du temps à en écrire dans Wikipédia. Wikipédia est une encyclopédie
gratuite, disponible sur Internet, et qui rencontre un grand succès.
Mais par dessus tout, Wikipédia est libre. Non pas que Wikipédia ait été victime de discrimination dans le passé, avant de s'émanciper grâce à l'amour universel. Non pas que Wikipédia, emprisonnée
dans les sinistres geôles d'un cachot humide à la merci d'un sanguinaire potentat aux pensées inavouables, ait d'un dernier geste désespéré brisé les nombreux maillons de ses chaînes. Non pas que
Wikipédia, après une longue réflexion philosophique, ait acquis la certitude qu'elle était libre par essence.
Non, tout simplement Wikipédia est libre au sens informatique, ce qui est - avouons-le - nettement plus poétique et rassurant. Pour ceux qui n'ont pas la chance de connaître le dictionnaire de
français dans son métaphorique sens informatique, qu'ils sachent désormais qu'un projet est
libre lorsqu'il est possible à tous ses utilisateurs, sans exception, de l'améliorer (dans les
faits de le modifier).
Ainsi, sur Wikipédia, si vous trouvez un article incomplet, ou même imprécis, rien ne vous empêche de rechercher la médiocre satisfaction de votre tout-puissant amour-propre et d'utiliser vos
précieuses lumières pour corriger l'inexact article en question. Dans la même logique, vous pouvez créer un article si vous vous rendez compte, ô injure au savoir, qu'il n'y a pas d'article sur le
massacre des chihuahuas mâles d'Indonésie au VIIIe siècle. Dans cette logique, rien ne vous interdit de créer un article sur Tonton Hubert, ou d'inventer un nouveau pays, par exemple le Kalerdjan,
potentiel hébergeur de Ben Laden, à la recherche de l'arme nucléaire qu'il a déjà trouvée, et sur la liste des pays de l'axe du mal.
Mais il y a une parade à Wikipédia : les modérateurs. Sous cette appellation quelque peu singulière se dissimule le moyen ultime pour prévenir les dérapages sur Internet. Que quelqu'un crée un
article sur Tonton Hubert, et aussitôt un modérateur se rendra compte, grâce à son habituelle sagacité, que Tonton Hubert n'a pas sa place légitime dans un tel ouvrage de connaissances, et de facto
supprimera sans pitié aucune l'article consacré au ci-évoqué Tonton Hubert. La parade est là, redoutable d'efficacité : le contrôle des informations par les utilisateurs de Wikipédia.
Mais cela donne lieu à des dérives aussi tragiques que mortifiantes. Prenons un exemple parlant : deux modérateurs contribuent à l'écriture du même article sur Sylvester Staline (modéré en Joseph
Staline). L'un est communiste engagé, l'autre sarkoziste convaincu. L'un met l'accent sur le modèle marxiste, l'autre sur les stages civils en Sibérie. Il arrive alors un conflit sans fin : chaque
modérateur supprime tour à tour l'apport du précédent. La solution trouvée, ici, est de verrouiller l'article : celui-ci ne sera plus modifié, car jugé trop sensible. Il s'agit alors d'avoir la
chance de voir l'article se verrouiller sur sa propre version.
Mais allons plus loin, allons là où Gustave Borjay souhaite amener le lecteur, dans le but de lui apporter de quoi méditer sur son avenir. On accède en fait à une nouvelle ère qui est celle de la
censure moderne. Le constat est simple : lorsque l'on censure, on se met tout le monde à dos ou presque, et infailliblement la censure échouera, la tête de celui qui l'appliquait dût-elle tomber
pour cela. Mais si l'on s'arrange pour que ce soit les ennemis de la censure qui eux-mêmes
censurent modèrent les articles récents, on atteint
une situation bien plus confortable, bien plus durable, car elle est admise par tous et satisfait l'amour-propre de tous. Car en effet, curieusement, Wikipédia se révèle impitoyablement sérieuse,
résumé du programme de Sciences Po et de HEC, actualisé par les renseignements du Monde et du Figaro.
Gustave Borjay, lui, vous garantit que dans son livre dont vous n'êtes pas le héros, il n'y aura rien de conventionnel, et que la seule pensée correcte sera que les Jeux Paralympiques valent
bien les Jeux Olympiques (ceci étant susceptible de changer le cas échéant, tout cela au conditionnel).
Gustave Borjay vous salue
Sylvester Staline prend la pose en Sibérie.